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 Plus haut sur le fleuve, le périple se poursuit vers les villages wolofs de Dagana ou de Richard Toll, d'anciens comptoirs jadis réputés pour le commerce de la gomme arabique convoyée en caravane à travers le désert de Mauritanie.

  Richard Toll (le jardin de Richard, en wolof) tient son nom d'un fonctionnaire français qui tenta quelques expériences agricoles auprès du baron Roger, gouverneur civil de 1822 à 1827.

  Avec ses colonnades néoclassiques envahies par les mauvaises herbes et sa façade décrépite, la folie édifiée par le baron a le charme de ces vieilles bâtisses léchées par les vents qui tentent péniblement de résister aux années.

  Le silence des lieux contraste avec l'animation de cette bourgade industrieuse de 60 000 habitants, dont près du quart travaillent pour la Compagnie sucrière sénégalaise.

  Il faut se promener dans les quelque 8 000 hectares de la plantation sucrière pour assister au brûlage des cannes dans des vapeurs sucrées.


Un parfum caramélisé qui reste en mémoire jusqu'à l'arrivée à Podor, où le fort de terre ocre joue les citadelles fantômes aux marges sahéliennes du fleuve.

                                         Baba Sarr attendait ce moment depuis des années.                                 Lorsqu'il a appris le retour du Bou-el-Mogdad sur le fleuve                    Sénégal, il n'a pas hésité à quitter de nouveau son village et ses neuf              enfants pour rejoindre l'équipage du bateau, qui assure la liaison entre           Saint-Louis et Podor.

      A 74 ans, Baba Sarr a effectué pratiquement tous les voyages de cet ancien     navire fleuron des Messageries du Sénégal, mis en service en 1954 pour le   transport des passagers et des marchandises et parti jouer les navires de  croisière sur d'autres eaux dans les années 1980, en Guinée-Bissau, en Sierra  Leone et dans la région sénégalaise du Sine Saloum.


  Boubou en coton et chapeau tonkinois vissé sur la tête, Baba tient fièrement la barre au côté du commandant Bakaly Kébé : "C'est mon fleuve, j'y suis né. Il n'y a pas un endroit où je ne me sois pas arrêté, tout le monde me connaît sur les rives." A chacune des escales sur la route des anciens comptoirs, il retrouve l'effervescence colorée des arrivées à quai dans la clameur des cris d'enfants.   Le retour du bateau sur les eaux du Sénégal a mobilisé les foules avec la réouverture du pont Faidherbe, cette sorte de tour Eiffel couchée édifiée en 1897 qui relie l'île de Saint-Louis au quartier de Sor et dont la travée tournante était restée immobile pendant près de vingt ans.

  "Le Bou-el-Mogdad pourrait à nouveau servir de lien entre les populations des villages, en assurant comme avant la distribution du courrier, surtout en période d'hivernage, où les routes sont impraticables", plaide le Saint-Louisien Jean-  Jacques Bancal, à l'origine, avec d'autres amoureux du fleuve, de la        réhabilitation du bateau.


51 mètres de long et sa capacité d'accueil est d'une cinquantaine de voyageurs

 Modifié par de nombreux barrages destinés à endiguer la remontée du sel dans le delta, le Sénégal n'est plus ce fleuve emprunté par "de longues pirogues à éperons, à museau de poisson et à tournure de requin", décrit dans Le Roman d'un spahi que Pierre Loti rédigea en 1881 quelques années après un séjour à Saint-Louis.

  Le Bou-el-Mogdad est aujourd'hui la seule embarcation de taille à desservir cette portion du plus grand cours d'eau du pays, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, en Guinée. D'où un sentiment d'immensité et de temps suspendu sur ces eaux qui bordent le désert mauritanien, avant de rejoindre l'Atlantique.


  C'est sur ce cordon de sable, qui s'étire entre fleuve et océan sur une vingtaine de kilomètres, que se trouve le quartier Guet N'dar, l'un des plus pittoresques de Saint-Louis.

   Une fois passées les ruelles, où vélomoteurs et carrioles à cheval tentent de se frayer un chemin au milieu des chèvres et des parties de foot improvisées, l'arrivée sur la plage offre un spectacle saisissant. Dans une atmosphère saturée par les odeurs âpres et les fumées troubles de chaudrons bouillonnants, les femmes font sécher au soleil les quelque 30 000 tonnes de poissons ramenés chaque année par les pêcheurs et expédiés une fois transformés vers Dakar.

  Ailleurs, le temps semble figé dans l'ancienne capitale de l'Afrique occidentale française, où subsistent des témoignages des heures sombres de l'esclavage.

   Les façades rongées par le sel rappellent le passé colonial, comme l'ancienne demeure des soeurs de Cluny, rue Blaise-Dumont, et son escalier à double révolution, qui servit de décor au film Coup de torchon de Bertrand Tavernier ou encore l'Hôtel de la Poste, escale favorite de l'aviateur Mermoz aux grandes heures de l'Aéropostale.

   Même si Saint-Louis est inscrite depuis six ans au Patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, sa rénovation peine à démarrer.


 Passé le barrage de Diama, à 20 kilomètres au nord de la ville, le fleuve suit paresseusement son cours jusqu'à l'embouchure du Djoudj, une rivière qui constitue le premier point d'eau douce rencontré par les oiseaux après la longue traversée du Sahara.

  Troisième réserve ornithologique au monde classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1980, le parc national du Djoudj accueille plus de trois millions d'oiseaux venus hiverner entre novembre et avril. Il faut approcher les marécages en pirogue aux premières lueurs de l'aube, lorsque le ciel mauve caresse les étendues de joncs, pour observer à loisir la chorégraphie des ibis noirs, hérons cendrés, cigognes, oies de Gambie, aigles pêcheurs et autres canards siffleurs.

  On a recensé 365 espèces dans la cuvette du Djoudj. Au loin, on aperçoit les potamochères détaler derrière les mangroves, tandis que les frêles jacanas glissent gracieusement sur les nénuphars et la salade d'eau.

  La vision la plus étourdissante est celle des colonies de pélicans qui forment une marée blanche et orange à perte de vue.


 Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf... Un léger panache noir sort de l'imposante cheminée vermillon du vieux navire, vite évaporé dans un ciel céruléen parfaitement serein.

  Comme chaque dimanche, le Bou el Mogdad a quitté le quai Roume de Saint-Louis vers 6 heures du matin, ses maisons basses et de couleur ocre dévorées de bougainvilliers, ses trottoirs incrustés de coquillages blancs et ses rues tracées au cordeau, où se faufilent encore les fantômes de Loti, Mermoz, et des belles signares. 

 Bateau mythique des Saint-Louisiens, leur enfant chéri, silhouette familière et vieille dame respectée qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal.   Conçu dans des chantiers hollandais pour cette navigation spécifique sur le fleuve, sa coque en excellent acier et ses deux moteurs de 400 chevaux sont d'origine. Pour le reste, voici un navire à l'histoire attachante, ayant connu bien des aventures et parfois bourlingué en eaux troubles, qui compte des admirateurs dans le monde entier.

 A lui, la charge d'assurer une navigation fine dans les innombrables boucles de ce fleuve de 1 700 kilomètres de long, qui prend naissance dans le Fouta-Djalon en Guinée, de déjouer les pièges de l'étiage (niveau le plus bas), des courants et des bancs de sable.

A aucun moment, nous ne croiserons une autre embarcation de taille, tout juste ces «longues pirogues à éperon, à museau de poisson et à tournure de requin», déjà observées par Pierre Loti. Aussi, à maintes reprises, le Bou à l'escale s'ancrera au beau milieu du fleuve, dans le lit du courant, sans jamais se soucier de gêner : nul autre navire ne circule sur ses eaux vertes.



  Pendant toutes les années 50, le Bou el Mogdad est l'un des seuls moyens de communication entre Saint-Louis, ancienne capitale de l'Afrique Occidentale française, et les populations reculées du nord du pays, pour lesquelles ses allers-retours sont vitaux.

  A la fin des années 60, le réseau routier progresse, les villages deviennent plus accessibles, le bateau moins utile, et le voilà qui commence tristement à rouiller à quai.

  Pas pour longtemps. En 1972, Georges Console le rachète, pour assurer le transport de fret dans un premier temps, puis de touristes vers 1978 - dès l'avènement des voyages de loisirs.

  Bien sûr, les populations locales - et notamment les élèves du lycée Faidherbe - continuent de l'emprunter régulièrement. Avec ce personnage haut en couleur pour propriétaire, le bateau forge sa légende : il connaît des heures de gloire avec la distribution d'aide alimentaire pendant les grandes sécheresses, transporte des médicaments, des lunettes, mais manque aussi de couler en Guinée-Bissau, et sera entièrement pillé en Sierra Leone...

  Bref, après avoir transporté des milliers de passagers, Georges Console consent, en juillet 2005, à vendre son bien le plus précieux à Jean-Jacques Bancal, Saint-Louisien français et sénégalais, connu de tous dans la région, et à ses associés.

  Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe - symbole de la ville -, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l'ordre.


Sur les quais de Dagana, à l'ombre des vieux fromagers


 Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf... Voilà Richard-Toll, la ville de la canne à sucre - qui doit son nom à un horticulteur français. De novembre à juin, les champs environnants sont volontairement brûlés avant la coupe, provoquant de spectaculaires embrasements.

  Puis Dagana, ancienne ville-frontière du royaume wolof, qui vivait du commerce de la gomme arabique, assoupie le long de ses quais plantés de très vieux fromagers. Dans le quartier de l'Escale, les femmes lavent le linge à même le fleuve au pied des escaliers, les enfants jouent dans le sable à leurs côtés, un vieil homme pêche de petits poissons à l'épervier...

  Enfin Podor et ses belles maisons de commerce du XIXe siècle alignées le long du fleuve - magasin au rez-de-chaussée, logement à l'étage -, certaines retapées avec goût. Les vestiges d'un fort alimentent les souvenirs d'une époque lointaine où officiers français, tirailleurs sénégalais et populations locales partageaient la même vie simple de ces anciens comptoirs perdus à l'intérieur des terres d'Afrique.

 Nous sommes au terme de notre navigation de 215 kilomètres


Le Bou el Mogdad